13 Nov 2007

Rentabilité sociale des projets

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Rencontre internationale

27  au 30 juin 2007

Larache (Maroc)

ASTER-International, RADEV (Maroc), Relais-Femmes (Québec), OFAD/NAFOORE (Sénégal)

 

COMPTE-RENDU

 

Le 27/06/07 : Ouverture

 

 L’ouverture des travaux se fait par Jamal Eddine Bourhara, coordinateur du RADEV, Marie-Lise Semblat, présidente d’ASTER-International, Fadia Nassif de l’Agence Internationale de la Francophonie et Malika Ghefrane de l’Agence Canadienne de Développement International. Jamal Eddine Bourhara souhaite la bienvenue à tous les participants, et remercie les partenaires.

Marie-Lise Semblat prend ensuite la parole. Elle rappelle l’histoire entre ASTER et RADEV et un voyage exploratoire de l’été 2006 qui a permis de construire le projet PADEL. Les journées de forums des 3 jours précédents étaient des restitutions des résultats issus du travail de diagnostic réalisé auprès des populations de 3 douars par les équipes locales accompagnées par ASTER. Diagnostics participatifs prenant en compte les rapports de genre.

Le séminaire, dans la continuité de ces 3 jours, permet de faciliter la rencontre des 4 partenaires continentaux d’ASTER C’est donc dans l’esprit qui anime le réseau : un esprit de rencontres de personnes, d’associations, de partenariats, que le séminaire est envisagé. A ASTER, « tricoter, mailler, tisser des partenariats » sont autant d’objectifs. Ce séminaire au Maroc est donc l’occasion de créer un carrefour entre l’Afrique sub-saharienne, l’Afrique du Nord, le Québec et l’Europe. C’est l’occasion pour la présidente de rappeler qu’ASTER n’est pas un bailleur de fonds, son objectif est la mise en réseau et le travail en commun. Un bref rappel de l’histoire de l’association nous apprend qu’à l’époque où elle se crée, on parlait des femmes comme des « actrices actives » et ASTER a conçu le terme de « opératrice de développement » qui semblait plus proche de la réalité. Au fil des années et de l’expérience, la question de savoir quel développement on voulait créer s’est posée. Ainsi, ASTER a commencé à interroger l’économie. C’est le partenariat avec le Québec et Relais-Femmes qui lui a permis de s’associer à un projet de réflexion sur « penser l’économie autrement », afin de remettre en question le modèle orthodoxe et tenter de voir quelles sont les autres formes d’économie possibles. Ce séminaire de Larache sur la rentabilité sociale s’inscrit dans le prolongement de ce projet. La question qui se pose est de savoir de quoi parle-t-on exactement lorsque l’on parle de « femmes et développement » ? : quel développement ? Dans quelle économie ? Le séminaire qui sera animé par Danielle Fournier tentera de nous fournir des éléments pour mener des projets en prenant en compte leur rentabilité sociale.

 

 Jamal qui reprend alors la parole, remarque que pour une fois, il n’est entouré que de femmes à la tribune, ce qui est assez rare ! Il rappelle ainsi l’importance du genre, qui pour lui n’est pas un synonyme de féminisme mais signifie qu’il faut travailler tous ensemble à créer des relations plus égalitaires et respectueuses entre hommes et femmes. Pour RADEV, l’égalité entre les hommes et les femmes est vue comme une condition sine qua non du développement durable.

 

 

 C’est au tour de Danielle Fournier de remercier les participants pour leur présence à ce séminaire qu’elle animera sur 2 jours. Elle nous présente brièvement Relais-Femmes : association féministe qui existe depuis 25 ans et qui a été créée par des groupes de femmes qui voulaient établir des liens entre les féministes universitaires et les actrices sociales. L’association s’est surtout attachée aux questions de violence envers les femmes, de gestion de la pratique démocratique et aux questions économiques. Pour Relais-Femmes, « si on veut changer l’économie, il faut envahir, investir ce champ ; nous, acteurs associatifs, avons aussi un apport économique. »

 

 

 Seydou Sané, vice-président de OFAD-nafoore, choisit de rendre un hommage au président de son association, qui n’a pas pu être présent : Baba Koita. Il souligne en premier lieu l’accueil chaleureux et rappelle que le roi du Maroc Mohammed 6 est venu plusieurs fois au Sénégal pour nouer des relations. Il remercie donc ASTER d’avoir permis au Sénégal et au Maroc de se retrouver autour de ce séminaire car il est important de signaler que le travail effectué par les 2 associations dans leur pays respectifs est sensiblement le même : il se réalise sur les questions de santé, d’éducation, d’organisation des femmes, problématiques identiques pour les deux pays.

 

 La parole est donnée à Fadia Nassif. Elle aussi remercie d’avoir été invitée pour partager ces réunions de travail. Après un retour sur la notion de genre et ses implications, elle entreprend l’historique et la présentation de l’OIF initialement « Agence de la coopération culturelle et technique » au temps de sa création en 1970, puis devenue en 1998 « agence  inter-gouvernementale de la Francophonie ». (cf texte de Fadia Nassif)

Elle souligne à la fin de son discours que les avancées en matière de droits des femmes sont particulièrement visibles au Maroc avec notamment le vote du nouveau Code de la Famille, même s’il reste un gros travail de vulgarisation à entreprendre. Le Maroc se présente comme un modèle sur ses engagements pris et tenus en matière de budgets nationaux sur le genre, qui reflète un engagement à la fois politique et de la société civile sur ces questions.

 

 C’est Malika Ghefrane, coordinatrice du Fonds d’appui à l’égalité entre les sexes (FAES) de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) qui termine le tour de tribune. Elle met l’accent sur le bénéfice du « réseautage » et sur la nécessité de réexaminer les indicateurs communautaires sur le genre, comme le propose Danielle Fournier dans son séminaire. Elle souligne combien il est rare de voir ce genre de manifestations organisées dans la province de Larache et de façon générale hors de l’axe Rabat-Casablanca qui rassemble le plus d’événements internationaux. A son tour, elle insiste sur le rôle de pionnier joué par le Maroc en matière de lutte contre les violences et sur les récentes avancées juridiques. Selon elle, la lutte contre la violence a permis de conscientiser les populations et d’ouvrir la voie à des réformes et des avancées dans d’autres domaines relatifs au genre. Depuis 2006 surtout, la société civile marocaine est en train de faire pression sur le gouvernement pour qu’il se prononce sur l’intégration du genre dans des secteurs porteurs de développement.

 

 La journée s’est poursuivie l’après-midi avec une séance de présentation des partenaires animée par Jocelyne Gendrin.

C’est avec l’intervention de Mme Aicha Khidani, représentante du comité de soutien pour la scolarisation des filles, que la séance débute. Elle rappelle l’importance de l’éducation et de la scolarisation et explique les raisons pour lesquelles les jeunes filles marocaines, surtout celles vivant en milieu rural sont amenées à quitter l’école très tôt et les problèmes que cela engendre.

 

 Puis, les différentes associations marocaines présentes autour de la table, RADEV et quelques uns de ses membres, mais aussi OFAD-Nafoore se présentent et présentent leurs projets, comme le projet de Maison des femmes développé au Sénégal avec OFAD et ASTER et dont Coumba est venue se faire la porte parole. Vient la présentation des travaux de Relais-Femmes par Berthe Lacharité, ainsi que ceux de l’Union Solidarité et Entraide (USE) du Sénégal par Thierno Ba.

 

Le 28/06/07 : 1ère partie séminaire

 

Avant de commencer cette séance, la parole est donnée à Fatima Zohra Akalay, arrivée de Rabat, qui présente son association AMAID.

Le séminaire débute par une présentation des objectifs de la formation, celle-ci étant une formule adaptée d’une formation conçue en 2000 par Relais-Femmes. De cette formation est né un outil pédagogique de réflexion qu’il est possible de se procurer auprès de Relais-Femmes.

Il est question des indicateurs sociaux communautaires et de la rentabilité sociale des projets. Mais cette formation ne donnera pas une recette toute faite, chacun(e) devra en retirer ce qu’il peut pour ensuite l’adapter à une situation particulière.

Deux éléments sont visés :

 – développer la compréhension commune de quelques notions comme « économie », « richesse », etc.

  une vision communautaire c’est-à-dire associative et féministe de la rentabilité sociale. Il s’agit de proposer un cadre de compréhension « Ce qui est intéressant dans ce cadre de référence, c’est de le comprendre et ensuite de l’adapter à notre groupe ».

La posture de départ est de proposer la notion de rentabilité sociale en opposition à  celle de rentabilité économique.

Il s’agit de questionner la question de la richesse et du travail, en considérant que la richesse ne peut se résumer aux seuls capitaux, et le travail ne se résume pas au seul travail salarié dans les entreprises. (cf. définition donnée par l’économie capitaliste)

Il s’agit de proposer d’autres façons d’aborder l’économie. Par exemple, le travail du prendre soin « care » est assuré essentiellement par les femmes et de manière souvent non rémunérée. La rentabilité sociale est une manière de faire reconnaître ce travail invisible et son apport à la société.

L’objectif poursuivi par les acteurs sociaux que nous sommes est de construire nos propres outils pour mettre à jour la rentabilité sociale de nos projets de développement et leur utilité sociale. Comment les projets de développement et d’entrepreneuriat se situent-ils dans le contexte social, politique, environnemental ?

Relais-femmes a développé des outils pour permettre aux membres des groupes d’expliquer en quoi leur organisme est rentable socialement.

 

Exercice n° 1 : définitions de notions.

 

 5 groupes de réflexion sont formés et doivent définir une notion. Voici le résultat du travail de chacun des groupes :

 

Groupe 1, « Economie »

 

  base 1ère sur laquelle repose la société

  activité qui produit de la richesse (financier, subsistance)

  gestion des ressources dans différents secteurs (agricole, industriel…)

  gestion du secteur domestique : comment vivre et survivre avec ce que nous possédons

  condition même de l’existence

  investissement et exploitation des ressources humaines, matérielles etc.

  « économe » : faire une bonne gestion des choses.

 

Remarque de JP Semblat « On a laissé l’économie aux économistes et pas aux économes ! ».

 

 

 

 

 

 Groupe 2, « développement »

 

« C’est un ensemble de processus qui consiste à améliorer les conditions de vie et les situations des communautés de manière durable et équitable »

 

  dimensions culturelles + symboliques + politiques

  reflet de la compréhension et des intérêts des acteurs/actrices

 

Groupe 3, « Rentabilité »

 

  valeur ajoutée qui se traduit en valeur monétaire, qualité de vie, valeur symbolique.

  notion de profit- opposée à l’acte gratuit

  utilité dans les échanges humains

  accaparation des biens, fonctionnalité

 

Pourrait-on proposer « viabilité » au lieu de « rentabilité » ?

 

Groupe 4, « Richesse »

 

L’accent est mis dans ce groupe sur les différences de langage et de perception de la richesse selon les cultures différentes ;

Patrimoine culturel, économique, social (individuel, collectif)

 

Groupe 5, « Qualité de vie »

 

eau potable/infrastructures : base de la qualité de vie ?

dépend des contextes géopolitiques, culturels

liée au respect des droits fondamentaux économiques et sociaux

 

notion de bien-être.

 

Exposé 1 :

 

Danielle Fournier nous propose ensuite les définitions qui avaient été établies par les groupes de femmes de Relais et nous présente une « vision féministe du développement local ». Par exemple, de son point de vue, « l’éducation, les soins de santé ne sont pas des dépenses, mais des investissements ».

 

La vision globale des projets et des thématiques du développement est débattue : est-il possible de prendre tous les aspects du développement en compte dans nos actions tout en gardant une spécialité ou spécificité ? Pour l’intervenant, il existe une inter-relation entre les dimensions du développement et prendre en compte une seule dimension peut créer des effets pervers. Une association doit régulièrement pour faire le point sur ces question, se resituer régulièrement en faisant le point avec son CA, afin de trouver une cohérence entre la mission et les activités mises en oeuvre.

 

Exercice 2 : « une journée dans la vie de… »

 

Il est demandé à chacun de détailler une de ses journées par tâches et tranches horaires afin de déterminer quelle rentabilité nous tirons de chacune de nos activités et de réfléchir à savoir si nous en tirons plutôt de la rentabilité sociale ou de la rentabilité économique.

 

Il résulte de l’exercice que toutes les activités liées à notre plaisir ou que nous effectuons pour nous-mêmes sont associées à de la rentabilité sociale, tandis que ce qui concerne les bénéfices de façon générale est associée à de la rentabilité économique (coûts ou bénéfices financiers + activités vitales).

 

 Exposé 2 :

 

L’économie ne se réduit pas au seul marché. Ex : pour faire un repas, j’ai besoin d’aliments à portée de main. Ensuite, je dois cuisiner (implique 1 savoir et 1 production). Puis, il y a la gestion des déchets.

Même si un repas est vécu comme un plaisir ou un loisir, il ne se fait pas en dehors de l’économie.

 

Or, le temps des femmes est majoritairement consacré aux tâches domestiques et aux repas. Lorsqu’elles travaillent à l’extérieur, elles cumulent un ensemble de tâches.

La question du temps est fondamentale : on peut bien changer les statuts des femmes, mais s’il s’agit d’ajouter toujours plus d’activités à leur planning, elles ne peuvent s’en sortir.

 

De même, la richesse ne peut pas se réduire aux biens matériels, à l’accès à la propriété privée ; Il faut déconstruire cette conception et créer de nouveaux indicateurs de richesse. La richesse peut aussi être le lien entre êtres humains, famille, amis, sur le lieu de travail. Il peut s’agir des biens publics qu’on se donne collectivement (égouts, voirie, métro, école…). La valorisation de cette partie de l’économie est souvent occultée.

En effet, les indicateurs officiels prennent en compte seulement l’économie monétaire du PNB. Mais c’est oublié que l’économie de marché repose aussi sur l’économie non monétarisée que sont les structures d’entraide familiales, sociales, communautaires, le travail domestique et le travail de prendre soin. C’est oublié aussi que cette économie repose sur l’existence des ressources naturelles primaires.

Le travail des femmes est le pilier de l’économie : il suffirait que les femmes du monde entier décident de se mettre en grève et c’est tout le système économique qui est paralysé.

 

Un débat s’engage sur « comment ne pas tomber dans le « misérabilisme » tout en prenant en compte les conditions réelles de difficultés et d’obstacles que connaissent les femmes ? »

Des remarques sont aussi faites dans le sens de redonner un autre sens aux mots, et parfois il s’agit tout simplement de leur sens initial qui a été vidé et détourné. Ex : « Ploutos veut dire richesse en grec et ne signifie pas seulement la richesse matérielle mais aussi immatérielle ».

 

Exercice n° 3 : la lettre de Kim

 

A partir du texte polycopié, il nous est demandé :

1- de trouver une phrase ou un mot-clé sur l’enjeu de la rentabilité sociale

2- trouver une phrase ou un mot-clé avec lequel nous n’étions pas vraiment en accord

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 28/06/07 : 2ème partie du séminaire

 

La deuxième journée de séminaire a été consacrée aux indicateurs communautaires. Nous avons abordé cinq points :

 


1- Situer le mouvement des indicateurs sociaux et présenter les enjeux d’accès, de qualité, de démocratie et de temps.

Exposé.

2- Ce qu’est un indicateur

 Un indicateur communautaire a été défini comme un indicateur qualitatif qui illustre ou décrit des situations, des activités qui génèrent et régénèrent la qualité de vie et le tissu social dans une communauté. Par exemple, on pourra s’en servir pour illustrer la rentabilité sociale de l’action des groupes de femmes et des groupes communautaires. Ainsi, le critère retenu pour sélectionner un indicateur communautaire dans ce domaine sera la capacité d’une activité ou d’une ressource de renforcer le pouvoir individuel et collectif des citoyennes ;

3- Présentation d’un éventail d’indicateurs- Il comprend neuf zones d’indicateurs.

 Il s’agit de :

– conditions de vie

– conditions de santé

– environnement social

– développement personnel

– économie

– conditions de travail

– environnement physique

– environnement naturel

– citoyenneté

Ex : l’environnement naturel se réfère à l’écosystème naturel d’une communauté : l’eau, l’air, le sol,la faune, la flore etc. La situation de cet écosystème constitue un indicateur communautaire en ce qui a trait à son accès, sa qualité et sa diversité.

Les indicateurs communautaires de la citoyenneté et de civisme réfèrent à la participation et l’engagement des citoyens et des citoyennes aux affaires publiques et communautaires de leur milieu ;

Les indicateurs communautaires sur l’état de santé peuvent illustrer par exemple la longévité moyenne des femmes et des hommes ou souligner le taux de mortalité infantile et juvénile.

Etc.

4- Deux exercices différents pour saisir l’application des indicateurs

Des exercices en groupe ont été réalisés pour tenter de définir des indicateurs communautaires à partir d’une analyse de projet. Il s’agissait d’identifier des stratégies, des moyens, ou des étapes permettant d’atteindre la rentabilité sociale pour un projet donné.

Cf Fiche d’analyse de projet + Polycopié « Préciser et formuler un indicateur communautaire ».

5- L’élaboration des indicateurs se veut un processus démocratique.

Pour élaborer des indicateurs communautaires, il faut former un groupe de travail avec une représentation large et plurielle, incluant des groupes habituellement exclus, s’entendre sur les enjeux, des valeurs, et une vision commune, choisir des indicateurs sociaux selon les préoccupations communes établies ensemble, les traduire en des indicateurs plus tangibles, mesurables et enfin, les communiquer à un public large et établir un suivi auprès des autorités concernées.

Il s’agit donc d’un processus participatif et démocratique.

Ex : Le centre des femmes de la Haute Voltige en Grèce a élaboré des indicateurs communautaires en précisant d’une part, « comment il peut être porteur de rentabilité sociale pour son milieu », « comment il peut participer à l’amélioration de la qualité de vie et la consolidation du tissu social », et d’autre part il a ainsi amené le conseil d’administration à améliorer son fonctionnement démocratique.

Le séminaire s’est terminé par une synthèse et une évaluation orale de la formation.

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One Response to Rentabilité sociale des projets
  1. balde at

    C’est une rencontre digne des relations sud sud où le nord est pris comme moderateur. Il faut renouveler ces genres de rencontres fort utilitaires pour nos pays.
    Vive la coopération maroco sénégalaise . Et paix et paradis pour notre regretté J E Bourrara que je nommais tantôt  » Lion de l’atlas.

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