06 Mai 2007

FRANCE: La rencontre de l’Autre

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D’un village bourguignon à un village vietnamien

Quand un village, un maire et des opportunités se rencontrent, les jumelages les plus utopiques peuvent prendre racine.

Donzy le National, petit village bourguignon de 200 habitants situés à 12 kms de Cluny et 35 kms de Mâcon tout au Sud de la Bourgogne compte 200 résidents permanents mais accueille de plus en plus de nouveaux habitants, pour la majorité artistes ou artisanes d’un niveau culturel de qualité exceptionnelle.

Malgré le mouvement d’exode qui touche le monde rural français, de nombreuses opportunités se sont trouvées réunies, qu’il s’agisse de la proximité de Paris et des infrastructures qui en permettent l’accès (autoroute proche et passage du T.G. V qui met la région à une heure et demie de la capitale) de la qualité et du cadre de vie (beauté des paysages et richesse du patrimoine historique notamment en matière architecturale) mais aussi de l’ouverture et du sens de l’accueil des villageois(e)s, enfin de la présence d’artistes.

Le maire est alors convaincu qu’il y a quelque chose à faire pour intensifier le développement du village et inciter la venue de nouvelles personnes en créant une ambiance stimulante, innovante et chaleureuse. Il croit à l’innovation, voit plein de possibilités de développement des plus farfelues au plus utopiques. Il s’entoure d’une équipe avec qui il partage sa passion. La population lui fait confiance et réserve un bon accueil à sa vision de l’avenir du village. La majorité féminine constituera un noyau solide, les femmes travaillant pour une cause avant tout, ayant par éducation et conditionnement social appris à dépasser leurs intérêts personnels, avec plus d’abnégation et moins de prétention.

S’appuyant sur la tradition locale d’un festival du cinéma, Ciné-Pause, le thème « La ruralité du monde’’ transporte le village au Vietnam. Le festival de cinéma a été créé en 1990 dans le but de ce que l’on appelle « le développement local ». Les initiateurs de cette manifestation étaient persuadés qu’une ambiance chaleureuse, dynamique attirerait les familles désireuses d’exploiter les posibilités de s’installer, de créer et de développer leurs projets. Le festival réunit depuis, durant la période estivale, la population de Donzy le national et les touristes qui, ensemble, vont découvrir les cultures d’ailleurs par le biais de l’ouverture au monde proposée par le festival.

L’audace des iniateurs du festival vietnamien les a conduit à oser inviter l’ambassadeur du Vietnam qui, répondant à l’invitation est venu avec son fils et son attaché politique. L’immersion dans le milieu, la rencontre du conseil municipal, de ces dignitaires a fait jaillir l’idée d’un jumelage avec Hao-Haï, un village vietnamien. Par l’intermédiaire de l’association Vietnamitié, la recherche de subventions facilitée par le maire, l’implication des femmes, toute une série de démarches s’enchaînent pour une présence de Donzy le National au Vietnam. C’est ainsi que depuis 1995 des échanges se sont instaurés et ont suscité des actions aussi diversifiées que des relations avec une école, un cercle francophone, l’envoi de cassettes vidéo au profit des enfants de lépreux mais aussi des aménagements d’hopitaux (filtres à eau et filtres à air) et des contacts avec le centre des femmes de Danang.

En 1999, pour amplifier cette relation entre les deux villages naît le Comité de jumelage Donzy-Hoà Hai qui s’est choisi le nom de « La Rencontre de l’Autre ». Sa vocation est de favoriser les échanges dans les domaines de l’éducation, la culture, la santé ou le développement. C’est ainsi qu’est né un Festival « Autour du Viêt Nam » dans le cadre prestigieux de l’Abbaye de Cluny. On peut y retrouver la projection de films vietnamiens, un petit Ciné-Pause, des expositions d’artisanat sans oublier la place de la musique et de la gastronomie.

Les aménagements à l’hopital de Danang, dont dépend Hoà Hai sont entrepris permettant des adductions d’eau, l’installation de filtres à ozone pour les services les plus pointus et de filtres plus classiques mettant de l’eau potable à disposition des patients et du personnel. Des relations avec l’Association des femmes de Danang sont établies. Un programme concret est envisagé au niveau de la santé. Une relation avec ASTER international est amorcée.

Des jeunes des deux pays ont été mobilisés :
- jeunes femmes vietnamiennes institutrices ou professeurs de français pour faciliter les échanges par leur contribution à l’interprétariat,

- étudiants et étudiantes de l’ENSAM (Ecole Nationale des arts et Métiers) de Cluny, partenaire du projet qui s’y est associé en permettant à de jeunes élèves ingénieurs de partir durant l’été mettre leurs compétences au service de la population vietnamienne.

L’utilisation des énergies renouvelables est un secteur important de l’activité de La Rencontre de l’Autre. Toutes les sources d’énergies sont étudiées, mais pour l’instant seule la production de méthane biologique (biogaz) est effective : 2 unités en 2002 , 25 en 2003 ! Depuis deux ans, un nouveau partenaire a rejoint le comité de jumelage, il s’agit de TYPO. TYPO. Unique en France cette section de l’Education Nationale, de l’Académie de Dijon a pour mission de former des lycéens et des étudiants aux métiers du journalisme (tous supports). Son responsable, professeur passionné, accompagne des jeunes gens et des jeunes filles dans différents pays francophones et organise des échanges avec leurs homologues Roumains, Québécois, et bientôt Africains et Vietnamiens.

Quand un village, un maire et des opportunités se combinent et quand une population s’organise, sans savoir toujours clairement pourquoi, une certitude prend forme : ‘’La rencontre de l’Autre remplit de bonheur’’.

La Rencontre de l’Autre c’est d’abord le plaisir de contacter ou d’être contacté par des habitants de notre planète (les autres on verra plus tard !) de ne pas juger leurs comportements différents des nôtres, d’avoir les yeux ouverts très grand, d’essayer de comprendre leurs vies quelque soient leurs différentes couches sociales (les gens d’ »en bas » selon l’expression consacrée sont souvent très intéressants et ouverts, ceux d’en haut ont tendance à se ressembler partout dans le monde). De ces rencontres naissent des échanges dans tous les domaines, ils peuvent être culturels mais aussi économiques, spirituels, touristiques bien sûr mais toute activité comporte des risques et le tourisme peut être un danger.

Le respect de l’Autre est en effet primordial. Côtoyer des gens d’ailleurs, prendre le temps de communiquer avec eux est une source d’enrichissement mutuel. Chacun mettant son savoir, ses pratiques à la disposition de l’Autre et contribue ainsi à son épanouissement, ou permet au moins d’aller dans cette direction..

L’expérience de ce récit est en marche, elle n’est pas finie mais elle nous permet déjà d’identifier des conditions gagnantes en développement local :

- une vision,
- une volonté,
- une conviction,
- une institution,
- une passion,
- de l’ouverture,
- un travail collectif avec un noyau solide,
- des opportunités,
- des valeurs portées prioritairement par les femmes,
- la capacité de prendre des risques,
- la reconnaissance du rôle d’élu pour ouvrir des portes,
- ne pas avoir peur de l’utopie, ne pas s’imposer de limites.

Auteur : Nikole DUBOIS, Antidote-Monde, Cabano, Québec

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