06 Mai 2007

Journée internationale des femmes

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Cahier de doléances de la Maison des femmes Bagadadji, Sénégal

Nous les femmes relais de 32 villages, Nous les femmes des groupements du département de Kolda, Nous, femmes de Guinée Bissau, Nous toutes les femmes présentes à cette marche du 8 mars 2007. En solidarité avec les femmes, membres d’ASTER de différents continents ; Et de toutes les femmes à travers le monde ; Nous venons partager avec vous nos difficultés et nos attentes. Nous les femmes de la Maison des Femmes de Bagadadji, Nous avons la volonté d’agir pour améliorer les conditions de vie des populations de nos villages. Pour agir, nous ne pourrons faire seules, nous avons besoin de votre soutien et de votre coopération pour conduire nos projets.

Nous nous réunissons régulièrement pour raconter ce que nous vivons dans nos villages et nous avons pu identifier les problèmes et les attentes suivantes :

Mobilité et transport

Nos villages sont très enclavés et nous avons de longues distances à parcourir. Nous sommes toujours dépendantes pour trouver un moyen de transport. Ils sont trop chers et difficiles à trouver. Souvent, il faut se rabattre sur une charrette ou un vélo. L’enclavement des villages a de nombreux impacts négatifs :
  Manque d’échange entre les femmes des villages
  Manque de structure de santé de proximité
  Difficultés de pouvoir vendre nos productions

Nous souhaitons :
  Que les routes soient entretenues et restent en bon état.
  Que les transports en commun soient plus fréquents et mieux organisés.
  Que les postes de santé disposent de plus d’ambulances.

Economique Nos activités génératrices de revenus produisent de faibles bénéfices, soit par une mauvaise qualité des produits (savonnerie…) ou par nos difficultés dans le domaine des finances et du calcul du coût de nos productions artisanales. Nos projets de maraîchage sont freinés par :
  le manque de qualité des plants,
  l’absence de clôture de protection des plantations qui sont la plupart du temps mangées par les animaux laissés en liberté,
  le coût élevé des engrais,
  et nos connaissances et maîtrises insuffisantes des cultures.

Nous souhaitons :
  Des formations pour maîtriser la qualité de nos produits, afin de pouvoir générer des revenus pour nos familles.
  Que des ONG puissent nous appuyer en nous formant et nous aidant à construire des clôtures pour les périmètres maraîchers
  Une programme de sensibilisation auprès des éleveurs pour qu’ils comprennent l’importance de ne pas laisser divaguer leurs troupeaux..

Education des enfants et des jeunes

Nous constatons :
  Aujourd’hui, l’enfant ne reste à la maison que pour manger. Le reste du temps il traîne.
  Nous reconnaissons notre part de responsabilité par rapport à ce manque d’éducation. Souvent, nous ne savons pas dire « non » et laissons faire et cela est réellement un problème avec les plus grands.
  Dans le cadre de l’éducation des filles, les mères ne jouent plus toujours leurs rôles.
  Les enfants respectent moins leur père, ce qui n’était pas le cas avant. Les pères sont souvent absents de la maison pour des raisons diverses (travail, polygamie,…).
  Les jeunes aujourd’hui n’ont pas assez de connaissance au sujet de leur sexualité et des impacts. Ceci est valable pour les garçons et les filles.

Nous souhaitons :
  Qu’il y ait des lieux pour que des enfants et des jeunes qui ne peuvent plus rester chez eux, suite à des problèmes de non compréhension et communication avec la famille, puissent apprendre à vivre avec d’autres.
  Que des actions soient entreprises pour permettre aux filles et aux garçons, en groupe spécifique, de se rencontrer afin de les sensibiliser à toutes les maladies de la vie courante (Sida, MST…).
  Qu’ils y ait des lieux pour permettre aux mères, aux pères de pouvoir parler des difficultés qu’ils ou elles rencontrent dans l’éducation de leurs enfants.

La garde des enfants

Dans nos villages, nous manquons de cases des tous petits, il est donc difficile de trouver quelqu’un pour la garde des enfants particulièrement dans les cas suivants :
  Durant la période d’hivernage les enfants sont plus malades (Paludisme),
  Pour les femmes qui ont une activité professionnelle permanente et qui ont du mal à trouver une solution de garde d’enfants car les autres ne comprennent pas ce qu’elles font et l’utilité de travailler,
  Pour venir aux réunions et formations de la maison des femmes.

Nous souhaitons :
  La construction de cases des tous petits dans la majorité des villages.
  Que des ONG ou les Communauté rurales prennent en considération ce problème afin de proposer des solutions aux femmes.

La scolarisation

Nous déplorons le manque de structures scolaires. Les enfants en âge d’aller à l’école n’ont pas de place dans les classes et ils traînent toute la journée. Les coûts de la scolarisation sont trop élevés, ce qui entraîne des abandons scolaires, surtout des jeunes filles et les jeunes finissent sans avoir pu finir le cursus d’apprentissage.

Nous souhaitons :
  Qu’il y ait un programme de construction d’écoles pour que chaque enfant filles et garçons en âge scolaire puissent aller à l’école.
  Que des fournitures scolaires puissent être données à chaque enfant lors de la rentrée scolaire.
  Que nous nous sentions tous et toutes concernés pour inscrire et maintenir nos enfants à l’école.
  Sensibiliser les parents de l’importance de scolariser leurs filles et leurs garçons.

La santé des femmes

Aujourd’hui il y encore trop de femmes qui meurent des suites de grossesses mal suivies ou d’accouchement à risque. La grossesse reste pour les femmes un risque majeur pour leur santé.

Nous souhaitons :
  Une sensibilisation des femmes à l’intérêt d’aller à l’hôpital lorsqu’elles sont malades,
  Un programme de visites prénatales,
  La construction de plus de postes de santé de proximité pour les soins et les accouchements.
  Un plan d’équipement en ambulance des postes de santé.

Soutien aux travaux des femmes

Nous passons encore trop de temps dans les travaux de la maison et particulièrement dans le pillage du mil. Aujourd’hui, beaucoup de nos villages n’ont plus de moulin à mil ou le coût du service est trop élevé. L’eau est un grand problème dans la gestion de nos vies quotidiennes et particulièrement dans les travaux de maraîchage.

Nous souhaitons :
  Le renouvellement de l’équipement des villages en moulin à mil.
  La formation des meuniers afin qu’ils puissent maintenir en bon état les moulins à mil.
  Un plan de forages et d’adduction d’eau dans plus lieux possibles.
  Que les hommes prennent conscience de la charge de travail des femmes et qu’ils reconnaissent ce travail.

La violence faites aux jeunes filles et aux femmes Nous, les femmes de la région de Kolda nous disons « non » à la violence faite aux filles et aux femmes. Pour toutes les femmes battues, abusées sexuellement réagissons.

Nous demandons :
  Aux hommes
  Aux ONG
  Aux Présidents des Communautés rurales et aux chefs de village
  Aux autorités locales
  Aux forces de l’ordre
  Au gouvernement et à ces représentants De prendre conscience de ce problème qui surgit dans tous les lieux de nos vies. D’agir pour que cela ne se reproduise plus. Ensemble, mobilisons-nous pour changer.

Nous les femmes relais :
  Sommes conscientes d’avoir besoin d’être alphabétisées pour mieux présenter nos attentes et nos besoins, ainsi que pour être mieux reconnues dans nos actions en sachant lire et écrire.

  Sommes parfois mal comprises par les personnes de notre communauté qui pensent que nous sommes privilégiées et que nous recevons des biens. Nous devons donc expliquer et convaincre les autres que nous agissons pour le bien de tous et toutes.

  Vivant dans une zone avec de nombreuses frontières, nous souhaitons communiquer plus facilement avec les pays voisins.

  Nous souhaitons agir avec vous tous et toutes.

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