06 Mai 2007

GRECE: Femme active en milieu rural

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Expérience de la coopérative Kiparissos, expérience de Litza, Haroula et Panoréa
Béatrice Lengrand, foyer rural de Tavaux et Ponséricourt Cette fiche a été écrite lors du séminaire à Arachova entre ASTER et DPH, décembre 1999.

Arachova est un village de 3000 habitants situé au pied du Mont Parnasse, en Grèce centrale. A 165 kms d’Athènes, il est proche du site de Delphes et à une trentaine de Kms de la mer. C’est une station de sports d’hiver attirant de nombreux Athéniens durant les week-end d’hiver. En 1985, le village n’offre pas beaucoup d’emplois pour les femmes notament celles de plus de 40 ans qui ont été peu scolarisées. Elles vont alors se grouper et avec l’appui du ministère de l’agriculture créer une coopérative agrotouristique

Litsa est l’une des fondatrices de la coopérative agrotouristique de Arachova, mère de famille, Litsa décide de sortir de son quotidien en étant utile à la vie locale. Elle a décidé de faire des choses et participe aux séminaires mis en place par le Ministère de l’Agriculture. A la suite de ceux-ci, avec d’autres femmes, elle décide de fonder la coopérative agro-touristique nommée : Kiparissos (cyprès). Par les aides financières des ministères, des banques, des préfectures et du FSE (Fonds Social Européen), les paysannes d’Arachova ont pu aménager dans leur maisons des chambres pour les touristes et se former à la gestion, au marketing.

Cette coopérative comme les six autres créées à la même époque en Grèce va combiner plusieurs fonctions permettant tout à la fois d’instaurer un tourisme de qualité, de faciliter la promotion sociale et économique des femmes et de favoriser le développement local. En ce qui concerne le tourisme, les coopératives cherchent à renouer avec la légendaire hospitalité grecque et offrir des alternatives aux modes d’accueil des tour opérators en créant des chambres d’acccueil chez l’habitant en nombre limité (pas plus de quatre par maison) afin de respecter une qualité de l’accueil. La rénovation de l’habitat, l’entretien des infrastructures routières, le maintien des populations vont enrayer l’exode rural et contribuer au développement de la localité. La coopérative Kyparissos, comme les autres coopératives, outre l’hébergement des touristes, leur propose des activités en lien avec la culture locale, qu’il s’agisse de cuisine, danses, artisanat ou musique. A Arachova, une vieille tradition artisanale s’est développée autour du tissage de la laine teinte par les femmes à partir des plantes de la montagne. La traversée du village, nécessaire pour se rendre à Delphes, traduit bien cette vieille tradition, de nombreuses tapis étant proposés aux touristes.

L’ambition de Litsa est de s’impliquer dans le tissage qu’elle pratique car elle dispose toujours de métiers. Elle pratique aussi la broderie et dispose d’un métier à broder. La broderie se fait au fil d’or sur des velours de couleur pourpre destinés à réaliser les ornements religieux de l’église orthodoxe ou encore les costumes traditionnels, très prisés à la Saint George, saint particulièrement honoré à Arachova et dans tout le pays. Au début, la coopérative fournissait la matière première (la laine), chaque femme réalisait la tapisserie qu’elle exposait à la coopérative qui rémunérait la main d’œuvre. La gestion difficile du stock des œuvres a conduit les femmes à apporter le travail fini à la coopérative qui s’occupe de la vente avec l’ apport d’une cotisation. Litsa, comme ses quelques 30 collègues de la coopérative, outre l’activité artisanale met à disposition des chambres à louer au nombre de 115 pour l’ensemble des coopérantes. L’adhésion à la coopérative repose sur le fait d’ avoir une ou plusieurs chambres à louer et de disposer d’ un métier à tisser.

Litsa et les autres coopérantes s’investissent beaucoup en se produisant à des séminaires pour apprendre la technique du tissage et en assurant des permanences. La coopérative organise ses propres séminaires de formation au tissage et à la broderie des fils d’or en vue d’assurer la transmission des savoir-faire traditionnels. Si pour Litsa, la décision de la famille est une composante à prendre en compte pour s’éloigner du village, elle reconnaît que pour la majorité des membres de la coopérative cette expérience réussie leur a permis une émancipation et une reconnaissance. Elles ont gagné en mobilité et peuvent maintenant fréquenter la taverne, le restaurant sans être l’objet de désapprobation, elles peuvent se rendre à Athènes (à deux heures de route) sans être accompagnées par leur mari. Litsa considère que dans un tel projet et dans le contexte grec, faut faire preuve de vigilance pour rester à l’écart des combats politiques. Litsa ne considère pas avoir vécu d’échecs dans cette expérience car elle est très motivée et elle s’est toujours sentie soutenue. Avec le recul et en présentant son expérience, le se dit très étonnée de s’occuper des autres et des problèmes locaux et surtout d’avoir eu des capacités pour le faire.

Commentaire Cette femme et ses collègues, membres de la coopérative témoignent d’un accueil chaleureux, de convivialité et de persévérance et d’une grande motivation pour conduire des actions de préservation et de transmission de leur culture. Leur exemple peut nous inspirer pour préserver notre culture artisanale en voie de disparition. Les femmes coopérantes ont gagné en autonomie. En investissant l’espace privé des maisons pour en faire un lieu d’activité économique elles ont retrouvé le sens premier de l’économie ( vient du grec « oikos » qui signifie la maison), elles ont pu passer de l’espace privé à l’espace public, celui de l’agora, de la vie dans la cité (la « polis », teme grec qui a donné naissance au terme « politique »)

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