06 Mai 2007

QUEBEC: Antidote

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Pour l’expression, l’autonomie et la contribution des femmes au développement local
Jean LAPALUS, maire de Donzy Le National

Le Temiscouata est une des régions du Québec, ses 23 villages regroupent 23 000 habitants soit 6 habitants au Km², la forêt recouvre 87% du territoire. Les grands espaces forestiers contraignent à parcourir 21 km de distance moyenne pour accéder aux services.

Les hommes sont souvent bûcherons et peuvent rester absents plusieurs jours de suite, les femmes ont la charge de la maison, s’occupent seules des enfants, du ménage et restent disponibles pour le mari qui rentre en fin de semaine. Un tel mode de vie s’inscrit dans la tradition. Les femmes connaissent donc un grand isolement, un manque de moyens de déplacements, de modes de gardes d’enfants et d’emplois.

Nikole s’occupait de « l’animation populaire’’, elle animait des projets de développement rural en direction des forestiers, acteurs principaux de l’économie locale. Aucune femme n’assistait à ces réunions, c’est ce qui l’incite à créer un Regroupement de Femmes Forestières pour rompre cet isolement.

Un grand clivage existait donc entre d’un côté, les hommes travaillant durement dans la forêt, de l’autre, les femmes ‘’prisonnières’’ à la maison, sans espoir d’autres activités que celles dictées par l’obligation de pérenniser les valeurs traditionnelles. Il fallait changer ce contexte social pour un meilleur épanouissement des femmes et des hommes, il fallait qu’hommes et femmes partagent davantage leurs soucis, se parlent plus et puissent évacuer cette “ non rencontre ”. Au début, quelques femmes sillonnent les villages, se réunissent dans les cuisines et s’expriment, parlent entre elles de leurs problèmes les plus courants : les conditions de vie de femmes forestières, la famille, les enfants, la santé, …. Elles procèdent à la ‘’cueillette’’ des données. Ces discussions, bien menées, font prendre conscience aux épouses et mères qu’elles ont aussi un rôle social essentiel, qu’elles pourraient aussi penser à elles-mêmes et participer à la vie économique, sociale, culturelle de cette contrée. Le ‘’mouvement’’ se développe de cuisine en cuisine, mais toujours oralement, ce qui permet à toutes de participer même à celles qui ne savent pas bien lire et écrire. On utilise des mots et surtout des ‘’images parlantes’’ comme on sait le faire au Québec. Un grand sac à dos pour mettre ses misères, son fardeau, un sac à main pour mettre ses compétences, ses envies.

« Le curé !!!!!!!!quelle est la bonne version car j’en ai deux dont une qui cite le curé et qui lentionne le conte poison Quelle est celle qui a été validée par Nikole ??? Dix ans plus tard, une association est créée et reconnue, mais il a fallu de la persévérance, de la motivation et même des astuces pour permettre la rencontre. Toute cette démarche a donné naissance à un programme de conscientisation pour les femmes. Les besoins ont été exprimés par les femmes, les images utlisées par les groupes rencontrés ont permis d’établir une symbolique qui parle aux femmes. L’étayage théorique s’est réalisé à partir de la pensée de Paolo Freire sur la conscientisation et celle de l’intervention féministe. Tous ces éléments combinés ont donné naissance à la méthode baptisée : « Antidote ». Antidote a été choisi pour titre, parce que cet antipoison veut mobiliser le potentiel intérieur de ces femmes. Ensemble, elles y croient et veulent le démontrer. C’est chose faite maintenant puisqu’elles sont maintenant citées en référence par les institutions. Cette action connaît des résultats probants sur l’autonomie des femmes, leur implication sociale et leur solidarité. En prenant conscience des contraintes de la toile sociale, elles peuvent davantage connaître et maitriser leur vie ainsi que leur environnement pour mieux y prendre place ANTIDOTE MONDE, entreprise d’économie sociale de formation, est née à la suite de cette démarche.

CommentaireLa liberté vient de la maitrise des problèmes mais aussi de leur mise en commun. Ensemble, on peut prendre du recul par rapport à ses propres problèmes et envisager des solutions que l’on pense utopique si l’on reste seul. Le développement personnel est indissociable du développement communautaire. C’est par la prise de conscience et la maîtrise de leurs contraintes que ces femmes peuvent devenir plus autonomes et trouver alors la liberté d’esprit, les ressources et l’énergie pour contribuer au développement de la collectivité.

 

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